…Agnes se remémora cette phrase: “Une femme préfère toujours son enfant à son mari.” Agnès avait entendu sa mère le lui dire (dans des circonstances oubliées depuis) alors qu’elle avait douze, treize ans. Le sens de cette phrase ne s’éclaire que si nous lui consacrons un moment de réflexion: dire que nous aimons A plus que B, ce n’est pas comparer deux niveaux d’amour, cela veut dire que B n’est pas aimé. Car si nous aimons quelqu’un, nous ne pouvons le comparer. L’aimé est incomparable. Même dans le cas où nous aimons à la fois A et B, il nous est impossible de les comparer, sinon nous cessons aussitôt d’aimer l’un des deux. Et si nous déclarons publiquement préférer l’un à l’autre, il ne s’agit pas pour nous d’avouer à tout le monde notre amour pour A (car il nous suffirait alors de dire “j’aime A”), il s’agit de faire comprendre, avec discrétion et clarté, que B nous est totalement indifférent.” (Milan Kundera – L’immortalité, Gallimard, 2003; p. 340)
Méfiez-vous alors de celles ou ceux qui disent vous aimer plus que tout(e) autre. Ce n’est, après tout, qu’un superlatif relatif (au passé, évidemment). Il n’y pas là une garantie pour le futur. Au contraire, j’y vois plutôt une ouverture pour un facile changement de complément d’objet.