“Geiler (von Keysenberg, 1509, n.n) (…) divisa cette folie livresque (la folie du sot érudit à lunnettes, le Büchernarr, le “fou des livres”, selon Brandt, “l’homme dont la folie consiste à s’ensevelir sous les livres”, p. 424 n.n) en sept types, dont chacun était reconnaissable au tintement d’une des clochettes de la coiffe de fou. D’après Geiler, la première clochette annonce le fou qui collectionne les livres pour la gloire, comme s’il s’agissait d’un mobilier coûteux.[...] La deuxième clochette annonce le fou qui espère devenir sage en consommant des livres en trop grand nombre. Geiler le compare à un estomac dérangé par des excès de table, et à un général gêné dans sa stratégie, parce qu’il a trop de soldats. [...] La troisième clochette appelle le fou qui collectionne des livres sans vraiment les lire, en se contentant de les feuilleter pour satisfaire sa vaine curiosité. Geiler le compare à un dément qui court la ville tout en essayant d’observer en détail, malgré sa précipitation, les enseignes et les emblèmes des façades. Cela, dit-il, est impossible, et une regrettable perte de temps. La quatrième clochette annonce le fou qui aime les livres aux enluminures somptueuses. [...] La cinquième clochette annonce le fou qui couvre ses livres d’étoffes précieuses. [...] La sixième clochette appelle le fou qui compose et publie des livres mal écrits sans avoir lu les classiques, et sans aucune connaissance de l’orthographe, de la grammaire ou de la rhétorique. C’est le lecteur devenu auteur, tenté d’inscrire ses pensées brouillonnes aux côtés des oeuvres des grands. [...] le septième et dernier fou des livres est celui qui méprise totalement les livres et se moque de la sagesse qu’on peut y trouver.” (Alberto manguel – Une histoire de la lecture, Édition Babel, 2006, p. 424 – 427).
En vous ayant invité à ce jeu du livre ouvert, j’ai fait sonner ma troisième clochette et ensuite la sixième. Le jeu lui-même me rend plus fou encore, une folie lucide, à la limite, puisque je le joue avec la conscience de mon ridicule, sans néanmoins y voir la nécessité d’arrêter, étonné, comme je suis, par la force qu’il peut avoir sur mon esprit pour y faire naître l’idée d’une finalité encore absconse.