“Qu’est-ce à dire sinon que l’homme ne se définit plus par sa capacité à faire des promesses, mais par son droit discrétionnaire de reprendre, à tout moment, sa liberté? L’engagement qui était, jusqu’à une date récente, la marque de l’autonomie apparait maintenant comme un fardeau ou une entrave. Il est passé dans le camp des forces hétéronomes. Rien autre n’est moi en moi que mes envies, mes passions ou mes humeurs actuelles. Mon ancien moi et mes serments n’ont plus de titre sur ma vie que Dieu ou mon père. (Alain Finkielkraut – L’imparfait du présent, Gallimard, Folio, 2002; p. 145-146)
Finkielkraut parle des PACS et de cette possibilité qu’ils donnent à tout moment à chacun des partenaires de les dénoncer et de s’y soustraire sans conséquences, sans réparations ou protection. Moi, ce qui m’a touché, c’est que dans la journée j’ai parlé avec une amie de mon incapacité à tenir mes promesses et du fait que je ne me retiens pas moins d’en faire pour autant, tout en sachant que je ne les respecterai pas, non pas parce que je ne le veux, mais parce que moi-même et l’autrui, nous n’avons plus d’importance à mes yeux, comme si le moi du moment de la promesse n’était plus celui du bris de confiance, comme si le présent était le seul indice de mon identité, devenue ainsi non-responsable d’un passé qui n’est plus le sien. Je crains les hommes sans passé, mais les hommes sans histoire m’effraient le plus, et c’est pour cela que j’écris … pour ne pas oublier. L’engagement est une garantie de continuité, la promesse d’un projet de futur, la seule qui nous laisse espérer pouvoir donner un sens au présent. Un homme sans histoire est un homme sans projets et un homme sans projets est un homme perdu.