Les dénudations des corps de l’homme et de la femme ne sont pas symétriques. Sur le corps de la femme, c’est le sexe qui pour l’homme se voit mal, ne se voit pas assez, se voit comme castré, se voit comme question angoissante posée à l’homme. Lors de la dénudation de l’homme, c’est le sexe qui pour la femme se voit trop, dans une exhibition excessive, érigée, si visible qu’il pousse le regard féminin à s’en détourner, à demeurer périphérique, à se confier à la latéralité. (Pascal Quignard – Le sexe et l’effroi, Gallimard, Folio, 1994; p. 142, 1èr paragraphe)
C’est ce qui fait, peut-être, que les femmes préfèrent l’obscurité, alors que les hommes veulent préserver la lumière, la femme se cache pour se montrer, alors que l’homme se montre pour se cacher. La femme vous serre dans ses bras, vous tient proche de ses reins, de son corps, pour que vous ne la voyiez pas. L’homme, au contraire, se soustrait à l’étreinte, prend distance du corps de la femme pour mieux la voir, pour la posséder en la dépossédant de son mystère. L’homme ne possède pas dans l’étreinte, avec ses bras ou son falus, il prend possession avec le regard. C’est pour cela, dit Quignard, que les castrés sont aveuglés dans les drames classiques (Oedipe).