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…Agnes se remémora cette phrase: “Une femme préfère toujours son enfant à son mari.” Agnès avait entendu sa mère le lui dire (dans des circonstances oubliées depuis) alors qu’elle avait douze, treize ans. Le sens de cette phrase ne s’éclaire que si nous lui consacrons un moment de réflexion: dire que nous aimons A plus que B, ce n’est pas comparer deux niveaux d’amour, cela veut dire que B n’est pas aimé. Car si nous aimons quelqu’un, nous ne pouvons le comparer. L’aimé est incomparable. Même dans le cas où nous aimons à la fois A et B, il nous est impossible de les comparer, sinon nous cessons aussitôt d’aimer l’un des deux. Et si nous déclarons publiquement préférer l’un à l’autre, il ne s’agit pas pour nous d’avouer à tout le monde notre amour pour A (car il nous suffirait alors de dire “j’aime A”), il s’agit de faire comprendre, avec discrétion et clarté, que B nous est totalement indifférent.” (Milan Kundera – L’immortalité, Gallimard, 2003; p. 340)

Méfiez-vous alors de celles ou ceux qui disent vous aimer plus que tout(e) autre. Ce n’est, après tout, qu’un superlatif relatif (au passé, évidemment). Il n’y pas là une garantie pour le futur. Au contraire, j’y vois plutôt une ouverture pour un facile changement de complément d’objet.

« Je ne reviendrai certainement plus jamais dans cette clinique. Le culte du végétarisme. C’est une sorte de religion médiocre, un faux ascétisme, une morale sordide et sordidement hypocrite. Le naturisme. Je suis là depuis deux semaines et mon comportement les étonne. Ne pas être comme tout le monde, être malade, se sentir mal, c’est le scandale. Ici c’est une clinique pour gens sains ou pour des maladies raisonnables. Je fais ce qu’on appelle une sorte de dépression, une chute de tension. Je dois partir quand-même. On m’aurait gardé si j’avais eu une maladie normale, une maladie saine, mais oui ne pas être médiocre c’est un crime, c’est le crime.» (Eugène Ionesco — Journal en miettes, Gallimard, 2007, p. 177).

Le dernier refuge de l’aspiration à la différence qui se défend contre la médiocrité, le refuge dans la maladie, nous est nié, refusé, non seulement par la médecine moderne qui nous soumet aux mêmes doses universelles d’antidépressifs, sans s’intéresser au sujet que nous sommes, seulement aux symptômes, mais aussi par les formes dites alternatives de “guérison ” – le naturisme, la méditation, le yoga – qui aspirent naïvement à la dissolution du sujet et qui ignorent totalement le symptôme, aucune des deux n’accordant droit de cité à la souffrance. Pourquoi la souffrance est-elle si vivement répudiée autant par la médecine moderne avec ses analgésiques que par les formes alternatives de guérison, avec leur systèmes d’anéantissement du Moi-porteur de souffrance? C’est parce que la souffrance oblige à la solitude, état privilégié où l’on se retourne vers soi et l’on se remet en question, alors que le bonheur se vit toujours à plusieurs, se réclame partagé comme un gâteau d’anniversaire et qu’il oblige à la fuite vers le lieu commun. La souffrance est singulière, exceptionnelle, certitude dernière de notre unicité, rempart encore non conquis par les grandes idéologies, seul recoin de notre existence privée encore protégé contre la tyrannie du public. La souffrance est incompatible avec la promesse de jouissance immédiate et inconditionnelle que le monde postmoderne a faite aux masses, après la disparition de l’individu. Parce qu’il ne faut pas se tromper : l’individu est disparu avec la Renaissance et il a été remplacé par les masses lors de l’industrialisation et avec la confiance du modernisme dans le progrès. Avec l’individu ont disparu les malades et ce ne sont que les maladies qui sont restées.

“One of the possible implications of the gain-loss theory is that, in the words of the well-known ballad, “You always hurt the one you love”. That is, once we have grown certain of the rewarding behaviour of a person, that person may become less potent as a source of reward than a stranger. We have demonstrated that a gain in liking is a more potent reward than a constant level of liking; (…) Tu put it another way, because we have learned to expect love, favours and praise from a friend, such behaviour is not likely to represent a gain in that friend’s esteem for us. By the same token, the good friend has great potential as a punisher. The closer the friend and the greater the past history of invariant esteem and reward, the more devastating is the withdrawal of the person’s esteem. In effect, then, the friend has the power to hurt the one he or she loves – but very little power to offer an important reward.” (Elliot Aronson – The social animal, 1984, p. 313)

Aronson goes on to explain why a compliment from a loving husband does not have the same power of reward as the one the woman receives from a stranger the same evening, at a reception. The stranger offers her new, and thus more rewarding confirmation of her attractiveness and therefore she too finds the stranger attractive. What should be the conclusions a husband or a steady partner should come to from this? Either that he has to be more cautious when offering gratification to his partner – this is not really the easiest way, as it generates frustration and possible resentment – or to be more open to letting his partner get gratification from outside. There is a third way, which is to change partners frequently. I won’t discuss this one, for lack of sufficient data :)

What is interesting is that we tend to make efforts to regain friends that we are at the point of losing and to gain strangers who showed generosity and thus became potential friends. We’re looking for stability in our relationships, which is a good sign, according to Aronson. It’s just that we need not take things – and friends – for granted. If we do, is it ok if they are trying to make us recall that by threatening to leave us?

“L’échangisme se produit le plus souvent sur la proposition de l’homme. Les femmes résistent avant de l’accepter. Elles n’éprouvent en général aucun plaisir à voir leur mari ou leur amant faire l’amour avec une autre femme, même si celui-ci ne les en désire que plus intensément.” (Francesco Alberoni – L’érotisme, Éditions Ramsay, 1994; p. 175)

Qu’en est-il des femmes qui veulent être vues par leur amant lorsqu’elles baisent avec un autre? ou qui veulent être baisées par les deux ou par plusieurs, en procédant ainsi au nivellement par le nombre? La loi des grands nombres peut donner des effets intéressants mêmes lorsque l’ordre de grandeur est petit dans l’absolu, mais impressionnant dans l’immédiat d’une rencontre sexuelle. Je déconne! Décidément, je ne suis pas tombé sur le bon passage cette fois-ci! :) OU peut-être suis-je justement tombé sur un bon et le travail de projection ne se fait pas de soi. Comme Freud dirait, il y a là de la résistance qu’il faudrait analyser. Une chance qu’on ne fait que de l’association supposément libre ici!

“Geiler (von Keysenberg, 1509, n.n) (…) divisa cette folie livresque (la folie du sot érudit à lunnettes, le Büchernarr, le “fou des livres”, selon Brandt, “l’homme dont la folie consiste à s’ensevelir sous les livres”, p. 424 n.n) en sept types, dont chacun était reconnaissable au tintement d’une des clochettes de la coiffe de fou. D’après Geiler, la première clochette annonce le fou qui collectionne les livres pour la gloire, comme s’il s’agissait d’un mobilier coûteux.[...] La deuxième clochette annonce le fou qui espère devenir sage en consommant des livres en trop grand nombre. Geiler le compare à un estomac dérangé par des excès de table, et à un général gêné dans sa stratégie, parce qu’il a trop de soldats. [...] La troisième clochette appelle le fou qui collectionne des livres sans vraiment les lire, en se contentant de les feuilleter pour satisfaire sa vaine curiosité. Geiler le compare à un dément qui court la ville tout en essayant d’observer en détail, malgré sa précipitation, les enseignes et les emblèmes des façades. Cela, dit-il, est impossible, et une regrettable perte de temps. La quatrième clochette annonce le fou qui aime les livres aux enluminures somptueuses. [...] La cinquième clochette annonce le fou qui couvre ses livres d’étoffes précieuses. [...] La sixième clochette appelle le fou qui compose et publie des livres mal écrits sans avoir lu les classiques, et sans aucune connaissance de l’orthographe, de la grammaire ou de la rhétorique. C’est le lecteur devenu auteur, tenté d’inscrire ses pensées brouillonnes aux côtés des oeuvres des grands. [...] le septième et dernier fou des livres est celui qui méprise totalement les livres et se moque de la sagesse qu’on peut y trouver.” (Alberto manguel – Une histoire de la lecture, Édition Babel, 2006, p. 424 – 427).

En vous ayant invité à ce jeu du livre ouvert, j’ai fait sonner ma troisième clochette et ensuite la sixième. Le jeu lui-même me rend plus fou encore, une folie lucide, à la limite, puisque je le joue avec la conscience de mon ridicule, sans néanmoins y voir la nécessité d’arrêter, étonné, comme je suis, par la force qu’il peut avoir sur mon esprit pour y faire naître l’idée d’une finalité encore absconse.

Lunes de fiel

“Quant à nos excès érotiques, je les dénonçais maintenant comme une preuve de recroquevillement sur la cellule conjugale. Notre intimité abjecte de l’année dernière, disais-je à Rebecca, n’avait son origine que dans notre peur du dehors. Nous jouions avec nos excréments pour mieux nous couper du monde, nous suffire à nous-mêmes. Nous avons poussé le goût du renfermement jusqu’à ses dernières conséquences. Que reste-t-il à faire à deux, sinon se renifler, rire stupidement de ses pets, épouser le pauvre rythme de sa machinerie organique. Voilà où conduit l’érotisme conjugal; à un immense goût de la merde par peur du grand large.” (Pascal Bruckner – Lunes de fiel, Éditions du seuil, 1981, p. 131, 2è paragraphe)

L’érotisme conjugal souffre d’un mal fatal: l’opression de la mémoire sous le regne de la continuité. Ce qui le ronge et le putrifie, c’est la certitude de l’inévitable répétition. La mémoire, dans ce cas, n’est pas évocatrice nourricière de nostalgies, mais bourreau de l’esprit de découverte. À la fébrilité devant l’inconnu l’on substitue le spectre du revenant du trop familier. L’érotisme conjugal est excessif dans son abandon inéluctable au “rythme de la machinerie organique”, il est excessif dans son espoir jamais satisfait de réinvention de soi. Alors que l’érotisme des amants transgresse et se nourrit ainsi de l’interdiction, l’érotisme conjugal la secrète comme une toxine. Le premier repose sur l’évasion, le dernier, sur l’emprisonnement.

“Ma vie s’est arrêtée à vingt ans. La suite n’a été que réminiscences sans fin, comme un long corridor tortueux plongé dans la pénombre, et qui ne mène nulle part. Pourtant, il fallait que je continue à vivre. Il fallait que j’accueille, l’une après l’autre, ces journées vides, que je laisse le temps se dévider en vain. J’ai fait alors de nombreuses erreurs. Non, pour être honnête, il me semble que je n,ai fait que des erreurs. À cette époque, je vivais complètement rétirée à l’intérieur de moi. J’avais l’impression de vivre seule, au fond d’un puits profond. Je maudissais et haïssais tout ce qu’il y avait au dehors. De temps en temps, je sortais de mon puits et je faisais semblant de vivre. J’acceptais ce qui se présentait, je traversais le monde sans éprouver la moindre sensation.” (Haruki Murakami – Kafka sur le rivage, Éditions 10/18, p. 536)

J’ai ouvert ce livre il y a 15 minutes, après être revenu d’une sortie dans un café obscur sur le plateau, où j’ai fait, moi aussi, semblant d’être, d’exister, de vivre. Ça n’est peut-être qu’une coincidence, d’autant plus que je ne me suis pas vraiment arrêté au premier paragraphe et que j’ai continué en quête de quelque chose de plus révélateur…et je me suis arrêté ici, à ce bout de texte, où je me suis retrouvé en tant qu’être perdu, égaré, invisible et aveugle en même temps. Moi aussi, je me vis à l’intérieur et je me meurs dans la “socialisation”, ce semblant d’être dans le monde, ce mot chien qui mord dans le silence et dans l’esprit, pour cracher ensuite le vénin du divertissement. Socialiser nos angoisses: voilà ce qui ajoute du grotesque à l’absurde, du ridicule au pénible, de l’hystérie à la souffrance.

Les livres parlent, je vous le dis, il faut juste les écouter.

“Tout le rapport à la culture de la petite bourgeoisie peut en quelque sorte se déduire de l’écart, très marqué, entre la connaissance et la reconnaissance, principe de la bonne volonté culturelle qui prend des formes différentes selon le degré de familiarité avec la culture légitime, c’est à dire selon l’origine sociale et le mode d’acquisition de la culture qui en est corrélatif: la petite bourgeoisie ascendante investit sa bonne volonté désarmée dans les formes mineures des pratiques et des biens culturels légitimes, visites des monuments et des châteaux (par oppositions aux musées et aux collections d’art), lecture des revues de vulgarisation scientifique ou historique, pratique de la photographie, acquisition d’une culture en matière de cinéma ou de jazz, de la même façon qu’elle déploie des prodigues d’énergie et d’ingéniosité pour vivre, comme on dit, “au dessus de ses moyens”…” (Pierre Bourdieu – La distinction, Les éditions de minuit; p. 367, 370)

La culture moyenne doit une part de son charme, aux yeux des membres des classes moyennes qui en sont les destinataires privilégiés, aux références à la culture légitime qu’elle enferme et qui inclinent et autorisent à la confondre avec elle: présentations accessibles à tous des recherches d’avant-garde ou oeuvres accessibles à tous qui se donnent pour des recherches d’avant-garde, “adaptations” au cinéma de classiques du théâtre ou de la littérature, “arrangements” “populaires” de musique savante ou “orchestrations” d’allure savante d’airs populaires, interprétations vocales d’oeuvres classiques dans un style évoquant la chanson scoute et le choeurs des anges, bref, tout ce qui fait les hebdomadaires ou les spectacles de variétés dits “de qualité”, entièrement organisés en vue d’offrir à tous le sentiment d’être à la hauteur des consommations légitimes en réunissant deux propriétés ordinairement exclusives, l’accessibilité immédiate du produit offert et les signes extérieurs d ela légitimité culturelle.” (p. 370-371)

Voilà le pendant de la pensée magique: la culture magique, soit immédiate, accessible sans effort et permettant des liens honorables entre des pseudo-intellectuels désireux d’enlever ce préfixe de leur titre. Et combien me reconnais-je dans ce potrait de petit bourgeois d’un si docile conventionnalisme! Oh, livres grands-ouverts, vous êtes meilleurs qu’une psychanalyse, mais ce serait plus légitime d’en faire une, oh, combien plus légitime, parce que beaucoup plus coûteux! :)

“Qu’est-ce à dire sinon que l’homme ne se définit plus par sa capacité à faire des promesses, mais par son droit discrétionnaire de reprendre, à tout moment, sa liberté? L’engagement qui était, jusqu’à une date récente, la marque de l’autonomie apparait maintenant comme un fardeau ou une entrave. Il est passé dans le camp des forces hétéronomes. Rien autre n’est moi en moi que mes envies, mes passions ou mes humeurs actuelles. Mon ancien moi et mes serments n’ont plus de titre sur ma vie que Dieu ou mon père. (Alain Finkielkraut – L’imparfait du présent, Gallimard, Folio, 2002; p. 145-146)

Finkielkraut parle des PACS et de cette possibilité qu’ils donnent à tout moment à chacun des partenaires de les dénoncer et de s’y soustraire sans conséquences, sans réparations ou protection. Moi, ce qui m’a touché, c’est que dans la journée j’ai parlé avec une amie de mon incapacité à tenir mes promesses et du fait que je ne me retiens pas moins d’en faire pour autant, tout en sachant que je ne les respecterai pas, non pas parce que je ne le veux, mais parce que moi-même et l’autrui, nous n’avons plus d’importance à mes yeux, comme si le moi du moment de la promesse n’était plus celui du bris de confiance, comme si le présent était le seul indice de mon identité, devenue ainsi non-responsable d’un passé qui n’est plus le sien. Je crains les hommes sans passé, mais les hommes sans histoire m’effraient le plus, et c’est pour cela que j’écris … pour ne pas oublier. L’engagement est une garantie de continuité, la promesse d’un projet de futur, la seule qui nous laisse espérer pouvoir donner un sens au présent. Un homme sans histoire est un homme sans projets et un homme sans projets est un homme perdu.

Les dénudations des corps de l’homme et de la femme ne sont pas symétriques. Sur le corps de la femme, c’est le sexe qui pour l’homme se voit mal, ne se voit pas assez, se voit comme castré, se voit comme question angoissante posée à l’homme. Lors de la dénudation de l’homme, c’est le sexe qui pour la femme se voit trop, dans une exhibition excessive, érigée, si visible qu’il pousse le regard féminin à s’en détourner, à demeurer périphérique, à se confier à la latéralité. (Pascal Quignard – Le sexe et l’effroi, Gallimard, Folio, 1994; p. 142, 1èr paragraphe)

C’est ce qui fait, peut-être, que les femmes préfèrent l’obscurité, alors que les hommes veulent préserver la lumière, la femme se cache pour se montrer, alors que l’homme se montre pour se cacher. La femme vous serre dans ses bras, vous tient proche de ses reins, de son corps, pour que vous ne la voyiez pas. L’homme, au contraire, se soustrait à l’étreinte, prend distance du corps de la femme pour mieux la voir, pour la posséder en la dépossédant de son mystère. L’homme ne possède pas dans l’étreinte, avec ses bras ou son falus, il prend possession avec le regard. C’est pour cela, dit Quignard, que les castrés sont aveuglés dans les drames classiques (Oedipe).

Je me remémorai dans l’ordre toutes les scènes que j’avais vues ce jour-là. La foule en cette fin d’année, la démarche particulière de Shimamoto-san, tous les coins de rue, le ciel nuageux, le sac de grand magasin qu’elle tenait à la main, le café qu’elle avait laissé sur la table sans y toucher, les chants de Noël. Une fois de plus, je regrettais de ne pas avoir osé de l’aborder ce jour-là. À cette époque, je n’avais aucune contrainte, ni rien à quoi renoncer. J’aurais pu la serrer dans mes bras tout de suite, nous aurions pu partir ensemble n’importe où. (Haruki Murakami – Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, Éditions 10/18, p. 174, 2è paragraphe à gauche).

Le regret du geste retenu, des sentiments mis en bocal, de l’insouciance passée, de la liberté des commencements, des possibilités infinies du n’importe où et ailleurs.

Ceci est un blog collectif dont les règles sont très simples: l’auteur d’un billet doit ouvrir un livre de sa bibliothèque au hasard et transcrire un paragraphe qu’il aura choisi à l’avance (ex. sur la page à droite, le premier paragraphe). Ensuite, par voie d’association libre, il produira un court texte qui devra traduire ce que le paragraphe cité lui aura évoqué. Les autres pourront écrire leurs propres pensées magiques par la suite.

This is a collective blog with very simple rules: the author of a blog has to randomly open a book from his book shelf and write down a paragraph he chose in advance (e.g. on the right page, first paragraph). Then, by way of free association, he will produce a short text which should express whatever thoughts that paragraph will have brought out of him. The others can add their own magical thoughts afterwards.

Dualism

If love is flesh and sex is meat
Were can we hope our thoughts can meet?
If words are blood and thoughts are veins
How could we wipe those bloody stains
From our love song sad refrains?
How could we speak, but with our bones
What could we seek, but the unknowns?
How could we meet, if not in verse?!
Is there another Universe
For our bodies to converse?

J’ai beaucoup aimé Haruki Murakami dans son roman Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, alors je me suis acheté un autre livre de Murakami, 1969, pour découvrir que les deux auteurs sont différents, même s’ils parlent tous les deux d’adolescents en peine de devenir aduletes. Je me suis dit que 1969 devrait être cool, puisque ça doit parler de leur révolution rouge, à eux, et oui, il en parle, marginalement, d’un esprit, d’une ère qui m’est fort étrange, dans un langage très simple et très cru, peut-être trop, à mon goût. Cela m’apprendra de ne pas retenir les prénoms des auteurs et peut-être n’acheterais-je plus des livres comme on achète du papier de toilette: rarement, mais en grosses quantités !

Stefan Zweig, La confusion des sentiments, Éditions Stock, 2001, un petit livre que j’aurais du lire dans mon adolescence, mais je suis en train de lire maintenant et dont je me réjouis tellement: renoncer à la vie de libertin et plonger éperdument dans le monde du savoir, c’est écrit sur la quatrième  couverture.

À lire à haute voix.

“… cet homme singulier tirait toutes ses pensées de la musicalité du sentiment: il avait toujours besoin d’une amorce pour mettre ses idées en mouvement. Le plus souvent c’était une image, une métaphore hardie, une situation plastique que, s’animant involontairement dans la rapiditié de l’élocution, il élargissait en une scène dramatique.” (p. 81)

C’est ce que Jung appelerait pensée subjective.

Ce que la femme est a peu d’importance. Ce qu’elle pourrait être a peu de conséquences. Ce qu’elle n’a jamais été ou qu’elle ne sera jamais, ça compte pour beaucoup.

Din reverul unui flirt
Iese-un damf greoi de birt
Iar din buzunarul lui,
Ciubotica cucului.

(to be continued)

Dear stranger

Maybe we torment our proximal others because we mistake refusal for denial, resistance for rebellion, reaching out for anarchy. Maybe we’re already too used to living in an atomized world which doesn’t tolerate complexity any more than it is able to have access to simplicity. We don’t understand any language because we have taken life out of words; we have exorcised their way of coming into being and transformed them into things whose only rationale is their usefulness. We’re at best manipulating words. We’re so far from breathing them. We’re no longer able to write with feelings or speak with emotions. We live in an intermediated, distant world. I’m writing right now with words that are strangers to me and I can neither believe, nor feel what I’m saying. And, like any individual refused to believing, I feel I’ve stretched my solitude too far onto yours.

Eterna reintoarcere

Am abuzat de buza ta
Ai abuzat de bâzul meu
Dar buza ta la bâzul meu
Sa se intoarc-ar vrea mereu
Ca s-o mai bâzâie putin
Si s-o invaluie deplin
In zumzaitul sau preaplin.

C’est l’élégance de la dance
C‘est la plaisance des apparences,
Les caresses des hanches
Les promesses blanches.
Jouissance mystique
Presqu’apostolique
Quasi diabolique.
Si audacieuse,
Si miraculeuse,
Qu’elle te transporte
Pour une minute
Jusqu’à la porte
D’une grande chute
Que tu t’refuse
Par une ruse
Par une caresse,
Une fausse tendresse
De conjoncture !

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